Les très riches heures du livre pauvre

Publié par: pierre.coumans@skynet.be | Publié le: 06-06-2017 17:44:05

Exposition à la Bibliotheca Wittockiana, Bruxelles, 07.06.2017-19.09.17. Les « livres pauvres » choisissent la Bibliotheca Wittockiana pour mettre en lumière les plus riches heures de leur parcours. L’histoire du « livre pauvre » débute avec le Duc de Berry (1340-1416), bibliophile passionné par l’art du livre et de la miniature au point qu’il rêve à la création d’une œuvre touchant à la perfection. Il se met en quête du calligraphe le plus habile et d’artistes spécialisés dans l’enluminure pour réaliser un livre exceptionnel qui sera appelé « Les très Riches Heures du duc de Berry » et passera de main en main, voyageant de la Flandre à l’Italie, jusqu’à son acquisition au XIXè siècle par le duc d’Aumale qui en fait don à l’Institut de France. Il faudra attendre une exposition en 1980 à Paris pour que le critique littéraire et poète français Daniel Leuwers découvre les Manuscrits de Zervos, largement investis par Henri Matisse et Mirò. Il s’enthousiasme pour ces « manuscrits enluminés » et c’est alors que germe dans son esprit l’idée d’un livre au parcours fait de croisements d’apports artistiques complémentaires. Cette création, dont le concept prit naissance il y a une quinzaine d’années, n’est donc pas un livre qui se feuillette mais bien une grande feuille de papier pliée au gré de l’inspiration et des interactions des artistes intervenants. Avec des moyens « pauvres » on peut concourir au plus bel essor de la beauté : le beau refuse ici de s’associer à l’onéreux, conscient de cette essentielle pauvreté, le livre pauvre s’assume avec superbe. Le livre pauvre revendique à sa façon un idéal de pauvreté et d’humilité dont Charles Baudelaire a été le porteur visionnaire, alliant poésie manuscrite à l’intervention d’un peintre. La spécificité du livre pauvre réside dans le fait qu’il est totalement hors commerce, qu’il ne nécessite aucun investissement financier et que, produit à seulement quelques exemplaires répartis entre les auteurs-créateurs et l’un ou l’autre collectionneur privilégié, il est destiné à être montré au plus large public possible. Le véritable sens du livre pauvre est de ne pas entrer dans les circuits commerciaux pour garder une essentielle dignité, de se refuser aux compromis qui flétrissent la création et de rester libre. C’est cette ode à la liberté qui nous invite à découvrir d’authentiques œuvres d’art exposées pour la première fois en Belgique. Toutes les informations sur www.wittockiana.org